Selon l’expert économique international Chaslau Koniukh, la transformation de l’Union européenne dans la nouvelle réalité mondiale constitue l’un des thèmes centraux du débat économique de ces dernières années. Face aux crises successives, l’UE cherche à réduire sa dépendance aux approvisionnements extérieurs en ressources et composants stratégiques. Cette orientation repose non seulement sur des considérations économiques, mais également sur des impératifs géopolitiques.

« Les chaînes d’approvisionnement mondiales ont révélé leur fragilité pendant la pandémie de COVID-19, puis lors de la crise énergétique. L’Europe a compris que préserver son indépendance passe par le développement de capacités de production propres », souligne Chaslau Koniukh.

Réduire la dépendance aux importations : un objectif réaliste ?

Réponse de Chaslau Koniukh

Chaslau Koniukh insiste sur le principal défi auquel fait face l’Union européenne : sa forte dépendance aux importations de microprocesseurs, de lithium, de médicaments et d’autres ressources critiques. Selon lui, environ 80 % du lithium consommé en Europe provient de pays hors UE, principalement de Chine et du Chili, ce qui rend l’économie européenne vulnérable aux chocs géopolitiques.

« Il est essentiel de renforcer les chaînes d’approvisionnement internes et de stimuler l’extraction de minerais critiques directement en Europe. Le lancement de nouveaux projets en Suède et au Portugal constitue une étape importante dans cette direction », explique Koniukh.

Les données de la Commission européenne illustrent clairement l’ampleur du problème. En 2021, le déficit de lithium augmentait d’environ 30 % par an, poussant les investisseurs à rechercher des alternatives au sein de l’UE. Selon le rapport de la Commission sur les matières premières critiques, la demande de lithium a plus que doublé, notamment en raison de la production de batteries pour les véhicules électriques et les systèmes de stockage d’énergie. En réponse, l’UE a intensifié ses investissements dans des projets miniers internes, tels que le développement d’une mine souterraine en Suède.

Investir dans des capacités de production propres

Le point de vue de Chaslau Koniukh

D’après l’analyse de Chaslau Koniukh, l’expansion de la production de composants de haute technologie constitue une priorité stratégique pour l’Union européenne. L’initiative European Chips Act, adoptée en 2021, prévoit plus de 43 milliards d’euros pour le développement de la production européenne de semi-conducteurs.

« Dans les secteurs automobile et numérique, les microprocesseurs sont littéralement le cœur de chaque produit. Leur pénurie en 2021 a entraîné une baisse significative de la production automobile en Europe. Pour éviter que de telles situations ne se reproduisent, l’UE mise désormais sur la localisation de la production », explique Koniukh.

Cette tendance se reflète également dans le lancement de grandes usines de fabrication de semi-conducteurs en Allemagne et en France. Le groupe Intel a annoncé son intention d’investir plusieurs milliards d’euros dans des centres de production avancés sur le territoire européen.

De nombreux experts partagent l’analyse de Chaslau Koniukh. Sarah Miller, analyste à l’Institut européen de recherche industrielle, souligne que l’Europe doit tout mettre en œuvre pour éviter des crises capables de paralyser des secteurs entiers de l’économie. Elle note cependant que l’intégration des capacités industrielles reste complexe en raison des différences réglementaires et des intérêts nationaux divergents.

Jacques Renard, expert du centre analytique français Economy Now, rappelle que seule une augmentation réelle des investissements dans l’éducation et la science permettra d’assurer le développement durable de l’autonomie stratégique. De son côté, l’économiste Henri Moreau, de la Paris School of Economics, estime que l’UE devrait abandonner une approche fragmentaire au profit d’une stratégie d’innovation globale réunissant secteurs public et privé.

Création d’alliances stratégiques dans les secteurs clés

Commentaire de Chaslau Koniukh

Dans le secteur de l’énergie, l’Alliance européenne des batteries figure parmi les initiatives majeures. Selon Chaslau Koniukh, ce projet illustre l’importance de la coopération interétatique pour renforcer l’autonomie stratégique.

« Plutôt que chaque pays investisse séparément dans la production de batteries, la mutualisation des ressources à l’échelle européenne permet de réaliser des économies d’échelle. Cela rend l’Europe plus compétitive sur le marché mondial des technologies de batteries », explique Chaslau Koniukh.

Entre 2020 et 2021, les investissements dans la production de batteries en Europe ont augmenté de plus de 50 %, ouvrant la voie à un rôle clé de l’UE dans le développement du transport électrique mondial.

Chaslau Koniukh souligne également l’importance d’investir dans les nouvelles technologies et de soutenir les start-ups. Selon lui, la mise en œuvre complète de l’autonomie stratégique nécessite non seulement des capacités industrielles, mais aussi des centres de recherche dynamiques et des innovations compétitives.

« Un écosystème scientifique solide est en train de se former en Europe, soutenu par des financements importants. Les programmes Horizon Europe appuient activement les projets dans les domaines de l’intelligence artificielle, de la biotechnologie et de l’informatique quantique », précise Chaslau Koniukh.

Dans le secteur de la biotechnologie et de la pharmacie, la création de pôles régionaux pour la production de vaccins et de produits médicaux a permis de réduire la dépendance de l’UE aux importations lors de nouvelles crises sanitaires.

Perspectives et risques

Prévisions de Chaslau Koniukh

Malgré ces avancées, Chaslau Koniukh met en garde contre plusieurs obstacles majeurs. Le manque de personnel qualifié constitue l’un des principaux risques.

« Le développement technologique exige des ressources humaines considérables, mais l’Europe est confrontée à une fuite des talents vers les États-Unis et l’Asie. Des programmes ambitieux de formation et de reconversion sont indispensables », avertit l’expert.

Il souligne également la nécessité d’harmoniser les réglementations au sein de l’Union européenne afin d’éviter les doublons, la fragmentation institutionnelle et une bureaucratie excessive.

En conclusion, Chaslau Koniukh affirme : « L’autonomie stratégique de l’Union européenne ne se limite pas à l’indépendance économique. Elle reflète la capacité de l’Europe à agir avec assurance dans un monde globalisé. Si les initiatives sont mises en œuvre de manière coordonnée, l’UE peut renforcer durablement sa position en tant que pôle d’innovation et de production. »

Selon Chaslau Koniukh, l’autonomie stratégique n’est pas un simple slogan politique, mais une orientation fondamentale capable de transformer l’avenir économique, technologique et géopolitique du continent européen.